Gina Scarito, au coeur du corps par le yoga

Portrait de Gina Scarito, hypnothérapeute, professeure de yoga et enseignante de yoga prénatal

Elle croit en la puissance des femmes pour devenir mère. En recherche de l’essentiel, elle pratique et enseigne le yoga depuis plus de 30 ans. Interview de Gina Scarito, hypnothérapeute, pour qui le mot « confiance » est inscrit au plus profond du corps.

Peux-tu retracer ton parcours ? 

J’ai découvert le yoga quand j’étais étudiante à l’université. C’était un indien natif qui donnait le cours sur le tatami de judo de l’ULB (Université Libre de Bruxelles). Il enseignait l’enchaînement des postures en silence. J’ai ressenti les bienfaits de la pratique dès le premier cours. L’année d’après, j’ai passé un premier hiver en Inde. Ce voyage à l’âge de 24 ans m’a bouleversée et complètement transformée. A partir de ce moment, je me suis mise à chercher – ce que j’étais profondément – au travers du yoga et cette recherche se poursuit, 30 ans plus tard…  C’est au cours d’un deuxième voyage en Asie du Sud-Est et en Inde, que j’ai pris la décision d’enseigner le yoga. J’ai suivi la formation en 4 ans d’André Van Lysebeth au début des années 90 – sur le même tatami de judo de l’université de Bruxelles. Le yoga prénatal est venu un peu plus tard, du partage du yoga autour de mes premières grossesses en 1993 et 1995. C’était neuf à l’époque. Ce sont les femmes enceintes avec lesquelles je me suis réunies sur le tapis qui m’ont tout appris et m’ont permis d’affuter des « outils » qui aident à traverser une grossesse en forme et sereine et à être actrice de son accouchement. 

Tu n’en serais jamais arrivée là si…

Je n’en serais jamais arrivée là si je n’avais pas un compagnon de vie – mon mari et le père de mes enfants –  qui m’avait soutenue et encouragée dans mes projets. 

Je pense ne pas me tromper en disant que le yoga prend une place importante dans ta vie personnelle et professionnelle. 

Que t’apporte-t-il ? 

Ma pratique m’aide à rester en contact avec l’essentiel. C’est un retour à soi qui passe par le corps. C’est notre véhicule, tout y est inscrit, il ne ment jamais. Le tapis est un espace rituel. Tout ce qui est là est aussi ailleurs. Dans une pratique régulière et sincère – entre autre par la pratique des pranayamas (respiration) – nous pouvons découvrir d’autres dimensions qui transcendent le corps. Ce que l’on nomme parfois, l’énergie. 

Quelles sont tes postures de yoga favorites ? Pourquoi ?

J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question parce qu’il y en a tellement ! Mais si on parle d’une posture que je pratique souvent même indépendamment d’une séance et dans laquelle je découvre toujours des subtilités et que j’intègre aussi dans les séances de yoga prénatal, je dirais Ado Mukha Svanasana (le chien tête en bas). C’est une professeure de yoga Iyengar, Martine Le Chenic, à laquelle je dois beaucoup, qui m’a fait découvrir l’infinie richesse des postures de yoga. 

Quels sont les courants de yoga qui t’inspirent le plus ? Pourquoi ceux-là ?

Le yoga du Cachemire. Après une longue quête et errance à travers divers courants de yoga, j’ai découvert le yoga du Cachemire tel que l’enseigne Eric Baret. J’ai eu la sensation de reconnaître ce que je cherchais depuis longtemps. Le yoga n’est pas pratiqué dans ce courant pour obtenir quoi que ce soit – la santé, la détente, s’acheter une spiritualité … – mais pour célébrer ce qui est là. 

De longues assises permettent d’écouter ce qui se présente qui peut être ressenti sous forme de tensions et de détente à la fois. Ce que l’on exerce, c’est l’écoute elle-même. C’est dans une qualité d’écoute, que l’on déploie le corps dans les postures de yoga animées par le souffle. Ce sont les mêmes postures de yoga que tout le monde connaît – chandelle, pince, charrue … – pratiquée dans une autre perspective. 

Depuis plusieurs années, tu formes des futurs professeurs de yoga pré- et postnatal. J’ai d’ailleurs eu la chance de pouvoir me former chez toi.

En quoi le yoga est-il bénéfique pendant la grossesse ?

La grossesse est un moment propice pour se mettre au yoga. Les femmes enceintes subissent particulièrement le mode de vie ambiant très stressant. La pratique du yoga leur permet de faire une pause, de se connecter à leur corps et à leur bébé et de se détendre. Les mouvements et les postures soulagent la plupart des maux de la grossesse comme les maux de dos, les jambes lourdes du fait d’une mauvaise circulation sanguine, les sciatalgies… Si la séance est collective, la future-maman est rassurée de constater qu’elle n’est pas la seule à traverser certaines difficultés comme l’insomnie et de se poser quantité de question qui sont inévitables dans ce moment de grands changements. Les femmes enceintes apprécient beaucoup le soutien qu’elles peuvent trouver dans un groupe de femmes et se lient d’amitié parfois. Les futures-mamans pratiquent la plupart du temps une fois par semaine, ce qui permet de s’approprier petit à petit les savoirs faire et les savoirs-êtres utiles.  Le yoga est une préparation très complète à l’accouchement et à l’accueil du bébé. Une préparation physique, psychique et émotionnelle.  

Est-ce que les femmes enceintes qui sont venues au cours chez toi utilisent réellement le yoga le jour de l’accouchement ? Peux-tu illustrer avec un cas ou l’autre ?

Ce qui revient le plus souvent dans le récit des futures-mamans qui ont pratiqué régulièrement – et dans celui des gynécologues ou des accompagnantes – c’est l’attention particulière et une bonne « gestion » de la respiration pendant le travail d’accouchement. C’est très précieux parce que cela permet à la future-maman de bien s’oxygéner pendant le travail et du coup aussi son bébé. Elles gardent leur calme et leurs forces jusqu’au bout du travail – bien sûr il y a aussi ces fameux moments de découragements et de déspespérance dans les accouchements physiologiques mais ceux-ci sont abordés dans les cours et recadrés comme faisant partie du voyage. Ces longues expirations évoluent parfois en sons graves plus tard dans le travail et ceux-ci ont également été exercés au cours. Les yoginis (c’est comme cela que l’on appelle les femmes qui pratiquent le yoga) prennent spontanément et successivement des positions favorables pendant le travail parce qu’elles ont appris au travers des différentes postures de yoga ce qui leur convient de moment en moment et à se faire confiance. Du coup, le travail d’accouchement est souvent plus rapide et elles « traversent » les contractions douloureuses.

Beaucoup disent avoir pratiqué le mouvement du 8 de l’infini avec le bassin en début de travail. 

D’autre part, les « techniques » de relaxation » ou l’une ou l’autre visualisation qui a été évoquée au cours leur reviennent au moment opportun pendant l’accouchement. 

Et après la naissance, qu’est-ce que le yoga apporte de différent par rapport à de la kiné postnatale, ou du pilates par exemple?

La période postnatale nécessite une tout autre approche. En effet, les mamans viennent au cours en présence de leur bébé, leur corps a traversé une grossesse et un accouchement. La sensation est que leur corps est « en compote ». Le principal objectif du cours de yoga postnatal est de les aider à se reconnecter à leur corps et à leurs propres besoins dans une période de vie ou toute leur attention et leur énergie est tournée vers les besoins de leur nouveau-né. C’est un moment pour elle avec leur bébé.  Le yoga est une approche globale. Au travers d’étirements, de respiration profonde et de proposition pour sentir leur périnée, elles retrouvent une sensation d’unité, de détente et de confiance qui est un socle pour aborder les rééducations avec une professionnelle – kinésithérapeute ou sage-femme. Le yoga apporte une conscience fine de son corps et de son intelligence pour se remettre après un tel bouleversement.

Tu accompagnes les (futures) mamans et les couples aussi par l’hypnose. En quoi est-elle indiquée pendant la grossesse ?

L’hypnose est un outil et la manière dont il peut agir dépend du contexte dans lequel on l’utilise. 

Pendant les séances collectives de yoga, on peut communiquer de telle façon que l’on « saupoudre » des suggestions utiles pour donner confiance aux futures-mamans dans les capacités de leur corps de porter le bébé et de le mettre au monde. Par exemple : » Votre corps respire, vous n’avez pas besoin d’y penser, il le fait pour vous de manière parfaite pour bien vous oxygéner, pour oxygéner votre bébé de jour comme de nuit.»

En séance collective de yoga prénatal, j’apprends aussi aux mamans des techniques d’auto-hypnose qu’elles peuvent utiliser pour se rendormir, pendant l’accouchement pour traverser la douleur des contractions ou pour supporter un acte médical comme la pose d’une péridurale. 

Si on parle d’hypnose formelle, mettre les personnes en état hypnotique pour faire des suggestions utiles qui donnent de nouvelles perspectives, je pratique uniquement dans le cadre d’accompagnements individuels de femmes enceintes ou de couple. 

L’hypnose peut aider de façon multiple durant une grossesse : peur excessive de l’accouchement, besoin de tourner la page d’un précédent accouchement, aider une maman qui ne pourra en aucun cas faire appel à une péridurale pour raisons médicales et dont ce n’est pas le choix … ou tout simplement, qui a envie ou besoin d’un accompagnement personnalisé.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué au travers de tes différents accompagnements par le yoga ou par l’hypnose?

C’est à quel point les femmes sont puissantes, compétentes et créatives pour devenir mère. Devenir mère est une expérience folle qui bouleverse tout dans la vie d’une femme : son corps, son psychisme, sa vie. Cette expérience est à la fois exaltée et banalisée sur le plan social mais sur le plan intime cela demande des compétences extraordinaires et les femmes sont capables de ça. 

Si on te proposait de donner aux futurs parents 3 « conseils » ou 3 « règles d’or », ce serait…

1. Autorisez-vous à vivre la parentalité à votre manière. Ecoutez-vous, découvrez, soyez créatif.

2. Se préparer à la venue de son enfant, c’est avant tout faire de la place dans sa vie pour prendre du temps de qualité pour soi et ensemble, en couple et en famille.

3. Faites confiance à votre enfant, c’est lui qui vous apprend à devenir parents. Le nouveau-né a beaucoup de compétences et la principale, susciter l’attachement de ses parents. 

S’il y avait 1h de plus dans une journée, comment la passerais-tu ?

En contemplation, rêveries.

Si tu avais un super pouvoir, que changerais-tu ?

Rien ! Je trouve la vie assez créative. 

Une page, une association, une initiative que tu aimerais faire connaître ?

Je vous recommande la revue 3ème millénaire que je lis avec plaisir depuis plus de 20 ans. C’est une revue humaniste qui donne la parole sur un thème à des êtres éveillés ou en recherche dans différents courants spirituels autant d’Orient que d’Occident. 

Leur dernier numéro a pour thème : voies de femmes, l’équilibre entre masculin et féminin.

www.revue3emillenaire.com


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