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« Dans ces moments-là », accompagner le deuil périnatal

Image d'illustration de la conférence de Hélène Gérin sur le deuil périnatal

Perdre un bébé, l’impensable. Puis faire face aux réactions souvent maladroites des proches. Cette « seconde couche de douleur » a été pour Hélène Gérin le moteur de sa recherche auprès de parents endeuillées et de proches. Pour les outiller efficacement dans l’accompagnement du deuil périnatal. Regards sur la conférence qu’elle a tenue le vendredi 24 mai à Bruxelles.

La salle est comble, l’émotion est palpable. A côté de moi, des parents pleurent… beaucoup. Ils ne sont pas les seuls. Des proches sont là aussi, grands-parents, ami.e.s, familles. Des proches qui viennent s’informer sur l’attitude, les gestes, les mots, les petits trucs qui peuvent vraiment soutenir et aider à comprendre les besoins des parents endeuillées par la perte d’un bébé. Pour éviter des réactions maladroites, pour éviter les tabous, pour peut-être se sentir plus serein dans ces moments-là.

Selon les recherches d’Hélène Gérin, 80 % des paroles de l’entourage sont vécues comme non-soutenantes par les parents. Outre le silence qui peut s’installer autour de la mort, certaines phrases -bien que prononcées avec la meilleure intention- tuent : « Tu en auras d’autres », « Dans un an, ça ira mieux », « Tu as déjà deux enfants en bonne santé »… Or, selon Hélène Gérin, « dans ces moments-là, on a, en tant que proche, toute notre humanité à offrir ».

Dans son bouquin qui vient de paraître, Hélène Gérin s’adresse d’abord aux proches (famille, amis, collègues, voisins…). Elle leur donne des clés de compréhension pour mieux appréhender ce que peuvent vivre les parents qui perdent un bébé in utero ou après la naissance. Elle les aide à surmonter la peur de ne pas savoir que dire ou que faire, pour ne pas se terrer dans le silence, pour maintenir le lien qui les unit aux parents. Trois de ces clés m’ont particulièrement touchées car ce sont des réalités invisibles pour les proches.

  • Malgré la perte du bébé, la maman vit un post-partum classique, avec des changements hormonaux, une montée de lait, un corps transformé.
  • Avant l’annonce de la mort du bébé aux proches, les parents peuvent déjà avoir vécu une série d’étapes douloureuses : l’échographie qui tourne au cauchemar, des pertes de sang importantes, la décision d’arrêter la grossesse, le retour à la maison les bras vides… beaucoup de moments qui ne sont pas partagés avec les proches.
  • Le deuil est celui d’un avenir, comme si tout un monde futur s’écroulait. Toutes les images et projections se brisent en un seul coup.

Avec ces clés en main, Hélène Gérin nous propose deux antidotes:

Antidote n°1.

Aller à la rencontre des parents. Poser des questions, se montrer intéressé. « Raconte-moi des histoires, si tu le veux ». Surtout éviter les jugements et les conseils ! Dans les premiers temps, la douleur est omniprésente, alors n’ayons pas peur de la raviver. Pour beaucoup de parents, parler permet de leur offrir un espace de reconnaissance. Nommer leur bébé le fait exister.

Antidote n°2.

Passer à l’action, en proposant ce qu’on aime faire et ce qu’on sait faire. 130 idées concrètes sont proposées dans le livre, il y en a pour tout le monde ! Par exemple: 

  • Cuisiner des petits plats
  • prévenir les collègues, la crèche…
  • Rendre visite à la maman à l’hôpital
  • faire des démarches administratives (commune, mutuelle…)
  • Aider à démonter les meubles de la chambre du bébé
  • Proposer de photographier le bébé
  • envoyer une carte pour la fête des mères/pères
  • organiser une célébration à une date-clé

Pour ma part, j’aimerais rajouter l’idée de proposer aux parents de couper une mèche de cheveu du bébé, ou de faire l’empreinte de ses mains.

Puis, lors de la conférence, Hélène Gérin adopte le point de vue des parents endeuillés. Besoins d’être vus, entendus, reconnus dans leur histoire… chaque parent a ses besoins propres mais pas toujours facile pour eux de les cerner et de les exprimer. Au travers de 3 questions concrètes, elle les encourage à identifier leurs besoins et à les communiquer à leurs proches pour les guider au mieux:

  1. De quoi ai-je besoin? 
    • repos physique
    • divertissement
    • recueillement, prière
    • connexion à la nature
    • faire quelque chose avec les mains
    • écrire
    • honorer le souvenir du bébé
    • être accompagné.e au cimetière
  2. Suis-je OK de demander et recevoir de l’aide? Peut-être résister à la sensation d’être redevable au profit de la gratitude. Peut-être passer outre les convenances socio-culturelles qui nous empêchent d’exprimer nos besoins, peut-être vaincre la peur de recevoir un non.
  3. Concrètement, que dis-je, que fais-je? Hélène Gérin ne s’est pas attardée sur la réponse à ces questions lors la conférence mais son livre fourmille d’idées à ce sujet. 

Cette conférence ne m’a pas laissée indifférente, moi qui suis à la fois une mamange, la tantine de 3 petits anges Sarah, Nils et Théodore, et doula dans ma vie professionnelle. 

Merci Hélène pour cette magnifique conférence et ce livre qui témoigne d’une profonde humanité.

Pour en savoir plus
  • « DANS CES MOMENTS-LÀ. Deuil périnatal. Plus de 130 idées pour offrir du soutien aux parents endeuillés de leur bébé… ou pour en recevoir de ses proches »;  Editions Mille et une pépites, 10 mai 2019
  • www.danscesmomentsla.com
  • 15 octobre, journée internationale du deuil périnatal 
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